Cas vécus        

Entrevue avec Dr François Grand'Maison

 

Dr François Grand’Maison est neurologue et directeur de la Clinique de SP Neuro Rive-Sud, en Montérégie. Il fait également de la recherche clinique et est professeur de médecine à l’Université de Sherbrooke.

 

Pourquoi avez-vous choisi le métier de neurologue?

J’ai toujours voulu être médecin depuis l’enfance. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce qu’on avait un médecin de famille qui venait chez nous et sa trousse de médecin m’intriguait beaucoup! Mais la neurologie, c’est venu plus tard, à l’adolescence. J’ai lu un livre qui parlait de l’organisation et du fonctionnement du cerveau et du système nerveux en général. J’ai dévoré ce livre de plusieurs centaines de pages en une journée ou deux. C’est là que j’ai su que je deviendrais neurologue. C’est le rôle de détective qui m’attirait. Le système nerveux et les symptômes étant extrêmement complexes, c’est vraiment comme un travail de détective pour arriver à un diagnostic.

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler spécifiquement en SP? Connaissiez-vous des gens qui avaient la SP?

Non, je ne connaissais personne qui avait la SP. Je n’ai même pas fait ma spécialité en neurologie en SP : je l’ai faite en maladies neuromusculaires. Mais petit à petit, j’ai reçu des patients qui avaient la SP. Je me suis rendu compte que j’étais très à l’aise avec cette maladie et avec les gens qui l’avaient. Maintenant, j’ai vraiment un seul domaine de spécialité, et c’est la SP.

Est-ce que les études pour devenir neurologue étaient difficiles?

Non, pas vraiment. Ce qui est difficile, c’est d’entrer en médecine. Il a fallu travailler fort pour ça. Les études en médecine, c’est fascinant parce que ce n’est pas seulement de l’anatomie, de la biologie : ce sont des êtres humains. Les études en neurologie sont longues. En tout, j’ai fait 15 ou 16 ans d’université, mais ce ne sont pas des études en classe, tout se fait à l’hôpital. Je travaillais sous la supervision de neurologues.

Vous faites de la recherche clinique. En quoi cela consiste exactement?

La recherche clinique fait partie de mon travail de tous les jours. Par exemple, si les médicaments ne fonctionnent pas bien pour un patient, le rôle du neurologue en recherche clinique, c’est de voir s’il y a des études qui s’appliquent à cette personne et qui pourraient lui convenir. C’est important de bien connaître les études pour pouvoir les expliquer et répondre aux questions du patient. S’il accepte de participer à l’étude, il est rencontré par la suite pour déterminer s’il répond bien aux critères de sélection, puis pour faire le suivi et s’assurer qu’il n’y a pas de complications au traitement.

En tout, combien avez-vous de patients qui ont la SP? Combien en voyez-vous dans une journée?

J’ai environ 1 000 patients, dont à peu près 10 % sont dans des projets de recherche. Dans une journée, je vois de 15 à 20 patients, dont 2 ou 3 nouveaux. Un nouveau, ça prend à peu près une heure. Un suivi, ça dépend. Si ça va bien, c’est parfois de cinq à dix minutes. Quand ça va moins bien, ça peut prendre une demi-heure, trois quarts d’heure.

Qu’aimez-vous le plus dans votre travail?

C’est quand quelqu’un arrive avec des questions, qu’il semble un peu désemparé, ne sait pas trop ce qu’il a ou ne sait pas trop comment se traiter, et que j’arrive à bien lui expliquer ce qui lui arrive et comment le soigner. C’est très rassurant pour la personne de savoir que quelqu’un comprend, qu’il y a une prise en charge, des explications. Ça lui donne un peu le contrôle sur sa maladie et sur sa condition en sachant ce qui lui arrive et comment y faire face.

Qu’est-ce que vous trouvez difficile?

C’est quand on a les réponses, mais pas les outils pour pouvoir intervenir autant qu’on voudrait. On sait qu’on a maintenant des traitements en SP depuis près de 15 ans. Ces traitements sont partiels et il y a des gens qui ne répondent pas très bien. Alors, il y a de la frustration quand on n’arrive pas à contrôler la maladie et qu’on voudrait en faire plus, mais qu’on ne peut pas.

Quels sont vos loisirs?

L’été, j’aime beaucoup faire du vélo. J’aime aussi le tennis, même si ce n’est pas toujours facile de trouver des partenaires qui sont du même niveau. L’hiver, c’est le ski alpin. Je trouve ça extrêmement agréable, surtout au printemps, quand c’est un peu plus doux. J’aime également la lecture. Mes goûts sont très variés : j’aime la littérature francophone, anglophone, et je lis aussi beaucoup en espagnol.

Pourquoi vous impliquez-vous auprès de la Société de la SP?

Je pense qu’on travaille toujours mieux en partenariat. Sinon, on dédouble, on ne sait pas ce que les gens font. Pour bien servir une clientèle avec une maladie, il faut travailler ensemble. On travaille aussi avec les hôpitaux, les CLSC et le Centre montérégien de réadaptation. C’est ça, la médecine moderne : on ne peut pas travailler dans notre petit coin comme ça se faisait auparavant. C’est trop complexe. Il faut que le travail soit coordonné.

Pensez-vous que l’on va découvrir le remède à la SP?
Oui, mais il y a peut-être beaucoup plus qu’un remède puisqu’il y a plusieurs causes à la SP. On sait que la vitamine D et le virus Epstein-Barr (virus de la mononucléose) pourraient faire partie des causes. Si l’on confirme ces deux causes, on aura probablement des remèdes. On pourrait avoir mieux qu’un remède : ça serait de prévenir la SP d’un certain pourcentage de personnes. Si ces deux causes expliquent 10, 20 ou 30 % des cas de sclérose en plaques, on pourrait se débarrasser du quart, même juste de 10 % de la SP et ça serait un bon début. Après ça, il faudrait qu’on trouve d’autres causes. Finalement, je ne pense pas qu’on va trouver UN remède pour la SP. Je pense que ça va se faire graduellement, et il risque d’y en avoir plusieurs.

 

© Société canadienne de la sclérose en plaques (Division du Québec) 2008

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