Cas vécus        

 

Entrevue avec
Valérie Grand'Maison,
championne paralympique

Valérie Grand’Maison a gagné 6 médailles, dont 3 d’or, en natation aux Jeux Paralympiques de Pékin en septembre 2008. Valérie est la fille du Dr François Grand’Maison, neurologue et directeur de la Clinque de SP Neuro Rive-Sud, en Montérégie.

Depuis quand fais-tu de la natation?

J’ai commencé à nager à l’âge de 7 ans et j’ai fait des compétitions à partir de 9 ans. C’est seulement depuis 5 ans que j’en fais dans la catégorie paralympique.

Quel est ton handicap?

J’ai une dégénérescence maculaire, c’est une perte de vision. Je vois à peu près à seulement 10 %, mais en fait, c’est plus compliqué que cela. J’ai un œil qui est presque inutile. Je ne vois pas la profondeur. Je vois sur les côtés mais pas dans le milieu.

Comment est-ce arrivé?

À 12 ans, à la fin d’une course de natation, j’ai réalisé que je ne voyais plus les gens dans les estrades. J’ai perdu la vision d’un de mes deux yeux à 90 %. Je me débrouillais quand même bien avec juste un œil, mais à 15 ans, j’ai perdu la vision de l’autre œil.

Comment as-tu vécu cela?

Ça a été difficile car c’est arrivé pendant l’été entre le secondaire 4 et 5. Au secondaire, tu veux être comme tout le monde. J’ai dû expliquer à ma classe ce que j’avais. Certains enfants me niaisaient et riaient de mes loupes pour lire. Je me sentais inférieure.

Comment as-tu réussi à passer par dessus ton handicap?

Mes parents, ma famille étaient vraiment présents pour moi. Ça s’est fait petit à petit. J’ai décidé de rester à la même école et de ne pas aller dans une école spécialisée pour rester avec mes amis. Pour eux, j’étais toujours la même personne.

Était-ce plus difficile à l’école?

C’est sûr que je ne voyais pas au tableau, alors je fonctionnais beaucoup avec la mémoire. Les devoirs qui me prenaient une heure avant pouvaient me prendre trois heures… Parfois, j’étais découragée mais je n’abandonnais pas. J’ai terminé avec la meilleure note de mathématiques de mon année.

Est-ce que tu continues tes études?

Présentement, oui, je fais une double majeure en mathématiques et en histoire. Je veux aller en journalisme à la maîtrise. Cette session, j’étudie à temps plein, mais dans le temps des championnats du monde ou des paralympiques, je ne peux pas faire les deux.

Est-ce que tu t’entraînes beaucoup?

Ces temps-ci, je m’entraîne 12 heures par semaine et c’est le minimum. Mais dans les années de grandes compétitions, ça peut aller jusqu’à 40 heures. L’année passée, je pouvais être dans l’eau à 6 h le matin, à midi et à 16 h 30. Il y a aussi la musculation, le vélo, la course, etc.

 

Qu’est-ce que la natation t’apporte?

En général, la natation c’est bon pour la santé, l’épanouissement. Mais plus personnellement, ça m’a redonné l’estime de moi que j’avais perdue à cause de mon handicap, ça m’a redonné l’envie de vivre.

Quel est ton plus beau souvenir des Jeux paralympiques?

Le moment le plus génial de toute ma vie, c’est vraiment sur le podium, après la première course. Quinze mille personnes dans les estrades qui se lèvent pour ton hymne national… Je pleurais…

 

C’est un moment inoubliable?

Oui, c’est dans ma mémoire pour toujours. J’ai fait beaucoup de sacrifices pour arriver là. J’ouvrais tellement grand mes yeux et mes oreilles, je savourais le moment. C’est phénoménal l’adrénaline, une sensation qu’on ne peut retrouver ailleurs.

De quoi es-tu la plus fière?

D’être la personne que je suis, d’avoir continué à me battre tous les jours et de ne pas avoir utilisé mon handicap comme une excuse.

Selon toi, quelle est la qualité essentielle pour avoir une chance de devenir une championne paralympique?

La discipline. Apprendre le plus vite possible à aller du point A au point B en ligne droite. C’est comme une roue : manger mieux, se coucher plus tôt, boire plus d’eau. La dernière année, tout était planifié dans les moindres détails.

Est-ce que tu connais des personnes qui ont la SP?

Pas personnellement, mais j’en entends parler par mon père. On discute beaucoup de la façon dont les gens vivent avec leur handicap.

Quel serait ton message aux jeunes dont un parent a la SP?

Le plus important c’est qu’ils n’oublient jamais que leur parent est la même personne malgré la maladie et surtout, qu’ils ne le prennent pas en pitié.

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