Cas vécus        

 

La pêche, une passion partagée

Mon père a reçu son diagnostic de sclérose en plaques en 1998. J’avais trois ans à ce moment-là. À part dans les moments de crise, la maladie n’affectait pas mon père. À cet âge, elle ne changeait rien dans ma vie de tous les jours. Pour moi, la sclérose en plaques est une maladie vicieuse et mystérieuse.

Parfois, mon père avait les jambes lourdes, il était fatigué et faisait même des chutes mais il faisait tout pour que je ne m’en aperçoive pas. Quand j’étais plus jeune, mon père nous entraînait, mon frère et moi, au soccer. Après quatre ans, il a dû cesser d’être notre entraîneur, car cela devenait trop difficile pour lui. C’est à ce moment que j’ai réalisé que sa maladie l’affectait et c’est aussi à partir de cette période que j’ai voulu en savoir davantage sur cette fâcheuse maladie. Mon père a aussi cessé de jouer au hockey avec moi.

Maintenant, j’ai 15 ans. Ma famille et moi sommes allés à quatre congrès Espoir famille et j’ai participé à un Camp de vacances SP. Maintenant, je connais presque la sclérose en plaques de fond en comble. Je connais les traitements possibles, les symptômes et comment cette maladie affecte le système nerveux. J’ai pu ainsi m’entourer de gens de mon âge qui, comme moi, avaient un parent affecté par la maladie. Cela m’a fait du bien de pouvoir en parler et de savoir que je n’étais pas seul dans cette situation.


Malheureusement, en 2006, mon père a cessé de marcher du jour au lendemain. Cela m’a beaucoup affecté. Je croyais que je ne pourrais plus rien faire avec mon père. C’est vrai que cela a limité les activités et les sports qu’il pouvait pratiquer. Juste pour aller à un endroit, il fallait s’assurer que tout était adapté et Dieu sait que c’est loin d’être toujours le cas… Ce moment de ma vie m’a rapproché de mon père. Nous avons dû trouver une activité ou un loisir que nous pouvions faire tous les deux. Nous sommes revenus sur une activité que nous avions pratiquée quand j’étais plus jeune, un loisir apprécié par une majorité de Québécois : la pêche sportive. Quoi de mieux qu’un séjour à la pêche, dans la nature, loin de toutes les distractions de la vie quotidienne pour rapprocher un père et son fils?


Étant plus jeune, j’étais allé dans une pourvoirie avec mon père et mon grand-père dans la région de Mont-Laurier. À ce moment, mon père avait encore la capacité de marcher. Cela avait été une expérience inoubliable. Nous avons décidé de retenter l’expérience, seulement mon père et moi et ce, à la même pourvoirie. Il est certain que, dans une pourvoirie, tout n’est pas adapté, mais les gens là-bas font leur possible pour nous aider. L’accès au lac et au chalet était plus difficile, mais nous nous arrangions. Nous avons adoré l’expérience et avons décidé que cela deviendrait notre tradition à tous les deux.

Nous sommes allés à une autre pourvoirie l’été dernier. Parfois, mes amis me demandent si ce n’est pas trop ardu d’embarquer dans la chaloupe. Je leur réponds que j’aide mon père à descendre jusqu’au quai et après, je stabilise la chaloupe afin qu’il embarque. C’est certain que c’est moi qui m’occupe de transporter les cannes et l’équipement de pêche, mais cela me fait plaisir, car je sais qu’après, je vais passer un beau moment avec mon père.

Nous avons toujours quelques anecdotes à raconter. Par exemple, durant un séjour, nous naviguions sur le réservoir Baskatong et le ciel est devenu noir. Malheureusement, le Baskatong est immense et nous étions à
11 kilomètres du rivage. Nous avons été surpris par l’orage. La chaloupe commençait à se remplir, car les vagues passaient par-dessus celle-ci. C’est à ce moment qu’un bon Samaritain est arrivé. Mon père s’est transféré laborieusement dans l’autre embarcation et on nous a ramenés à la pourvoirie. On nous a dit que nous avions été extrêmement chanceux…


Lors d’un autre séjour, nous sommes allés dans un lac où tous les pêcheurs vantaient la richesse en poissons. Rendus au lac en question, nous avons découvert que pour y accéder, nous devions emprunter un sentier d’environ 600 mètres. Le hic, c’est que ce sentier était sinueux, rempli de racines, de rochers et avait une très grande dénivellation. Nous n’avons pas renoncé et avons décidé de nous rendre au lac quand même. J’ai mis mon père sur ses deux roues arrière et nous nous sommes embarqués dans le sentier; après cinq minutes, nous sommes arrivés au lac. Cela en valait la peine : le lac était magnifique. Malheureusement, nous n’avons pêché aucun poisson, mais nous avons passé une superbe journée. L’été prochain, nous allons dans une pourvoirie adaptée, semble-t-il…

Cela montre que même si nous avons un parent atteint de sclérose en plaques, cela ne veut pas dire que nous ne devons pas faire d’activités avec lui. Dans la vie, rien n’arrive pour rien et nous devons profiter de chaque instant.

Jérémie

 

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